Le paradoxe de la Géothermie

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énergie
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géothermie
Publié le
13/2/2026
8
min
Kilian Bazin
Cofondateur Le Bon Tuyau

400 géothermies par an dans le tertiaire en France. C’est très très peu.
Pourtant le contexte est idéal : une technologie mature, un cadre réglementaire clair et favorable, des acteurs compétents.
Vous trouvez cela curieux ? Nous aussi.
Nous le nommons “le paradoxe de la géothermie”.
Explications.

Le paradoxe de la géothermie

Un trésor caché sous nos bâtiments

Si une entité omnisciente pouvait parler, elle vous dirait sûrement d’installer une géothermie.
Technologie mature. Énergie locale. Stabilité des coûts. Cadre réglementaire favorable.

Et pourtant, son développement reste marginal dans le bâtiment.
Pas par manque d’un contexte très favorable, mais parce qu'elle demande de dépasser un modèle de chauffage encore figé dans le court terme.

La géothermie est le trésor caché de l’énergie, situé juste en dessous de nos bâtiments,
Un trésor que l’on continue d’ignorer.

Une technologie, un écosystème et un cadre réglementaire qui n'attendent que les projets

Une technologie mature depuis longtemps

Premier élément de contexte très favorable : la technologie elle-même.
La géothermie n’est pas une innovation récente. C’est une technologie extrêmement mature, dont les équipements fonctionnent longtemps, avec une grande stabilité dans le temps. On parle de systèmes éprouvés, robustes, conçus pour durer des décennies.

Il n’est pas rare d’avoir des retours d’expérience terrain où le système continue de fonctionner après 40 ans sans changement de matériel majeur.

Pourcentage de survie d’une pompe à chaleur géothermique en fonction des années :

Sur ce graphe on observe que la durée de vie moyenne des pompes à chaleur géothermique est de 27 ans, et il y a par exemple 91% de chance qu'une pompe à chaleur dure plus de 20 ans

Un écosystème prêt à déployer

Deuxième élément de contexte très favorable : les acteurs.
Les compétences existent.  Nous avons en France :

  • Des bureaux d’études fluides/thermiques et du sous sol qui savent concevoir des installations optimisés,

  • Des foreurs expérimentés qui possèdent une connaissance extrêmement précieuse de nos terrains,

  • Des installateurs, plombiers chauffagistes ou CVCistes qui savent monter une chaufferie et la raccorder,

  • Des équipementiers de qualité : pompes à chaleurs géothermiques, tube pour les sondes, les échangeurs compacts ou les réseaux horizontaux,

  • Un réseau dense et soudé des professionnels de la géothermie, et d’accompagnateurs pour faciliter la mise en œuvre des projets.

L’écosystème existe, il est structuré, il est opérationnel, et surtout, prêt à faire plus.

Un cadre réglementaire très favorable

Troisième élément : la réglementation.
En France, le cadre réglementaire de la Géothermie de Minime Importance rend les choses particulièrement favorable. Le cadre est très strict, mais il est aussi très clair, et du moment qu’on le respecte, sur près de 90 % du territoire, il est possible de forer jusqu’à 200 mètres de profondeur.

Lorsqu’on s’appuie sur des acteurs compétents, que le projet est maîtrisé, et que le cadre est respecté, on pourrait dire pour pousser le bouchon que c’est réglementairement plus simple de réaliser un projet de géothermie que de changer une fenêtre en secteur protégé ;-).

Le cadre est clair, L’administration est facilitatrice.

Alors, où est le problème ?

Si la technologie est prête, si les acteurs sont là, et si la réglementation est favorable, la géothermie devrait être partout.
Et pourtant, les chiffres racontent une toute autre histoire.

On estime qu’environ 3 000 installations géothermiques sont réalisées chaque année en France. Hors Logement individuel, on parle de SEULEMENT 400 installations par an. Une faiblesse difficilement compréhensible au regard des avantages.

Et l’écart devient encore plus frappant lorsqu’on regarde au-delà de nos frontières.
À périmètre comparable, l’Allemagne installe près de huit fois plus de géothermie que la France. (1)

Autre point de comparaison : en France on installe 800 000 PAC air/eau ou air/air par an. (2)

Ce sont ces chiffres si faibles, qui nous font parler de paradoxe.

La géothermie bloque humainement.

Un blocage organisationnel

Sur le terrain, le constat est clair : installer une géothermie est complexe à organiser

Il faut aligner plusieurs acteurs, coordonner différents lots, et surtout avoir quelqu’un pour porter le sujet de bout en bout, et puisse s’engager, pour l’ensemble des acteurs, sur la performance du système.

Or aujourd’hui, le maître d’ouvrage ne demande pas, car ne connaît que rarement, et l’architecte ne propose souvent pas plus que le bureau d’études, à cause de l’investissement initial.

Résultat : La géothermie est très peu envisagée. 

Le poids des habitudes : la trappe de la combustion

À cela s’ajoute un facteur supplémentaire : l’habitude sur les prises de décision.
Le monde du bâtiment reste largement structuré autour du modèle de la combustion - gaz, fioul, biomasse. Un modèle qui tient parce qu’il demande peu d’investissement initial et qui, à court terme, paraît “pas cher”.

Dans ce cadre, on ne raisonne pas en valeur sur plusieurs années. On raisonne en coût travaux.

Or si on raisonne dans ce cadre la géothermie, dont les investissements initiaux sont toujours plus élevés que les modèles à combustion est toujours perdante.

En revanche si on raisonne en valeur créée et si on accepte de se projeter à 5 ou 10 ans (pas 2 pas 50 non plus !!!!) Là, il est rare que la géothermie soit perdante. Elle est même très rentable.

Encore faut-il donc poser soigneusement les calculs.

Le basculement d’un modèle court terme vers un modèle long terme

Le cœur du paradoxe est là.
La géothermie n’a de sens que si l’on raisonne sur la durée de vie du système, et non sur la seule phase travaux. Dès que l’on observe un bâtiment de taille moyenne, disposant d’un peu de terrain, sur une durée de quelques années - en intégrant les coûts d’énergie, la stabilité, la maintenance - le constat devient implacable : il n’y a souvent pas d’autre choix rationnel que la géothermie.

Les bâtiments de taille moyenne, grands oubliés du système

Parmi les bâtiments qui pourraient profiter de ce système énergétique, il y en a pour qui le paradoxe de leur faible représentation dans les réalisations est encore plus fort : ce sont les bâtiments de taille moyenne, disons de 300 à 5000m2 pour rendre cela concret..
Les bâtiments de taille moyenne - hôtels, EHPAD, bureaux, logements collectifs - ont tout à gagner avec la géothermie : stabilité des coûts, performance énergétique, production de chaleur et de froid, résilience face à la volatilité.

Dans leur gestion ce sont souvent des bâtiments gérés soigneusement, par des professionnels qui ont plusieurs casquettes et dont l’énergie est un terrain qui restera toujours inconnu, ou en tout cas pas suffisamment maîtrisé : il ne peut pas tout faire ! C’est le directeur d’ehpad et son conseil d’administration, c’est la directrice d’hôtel et son actionnaire, c’est un directeur patrimoine d’un bailleur social et sa directrice générale.

Gestionnaires sérieux et avisés mais pas assez de bande passante pour tout traiter.

Le modèle n’est pas pensé pour eux. Trop gros pour les solutions simples adaptées à l’habitat individuel, trop petits pour les montages lourds des grandes organisations, ils restent coincés dans une véritable trappe énergétique.

Une technologie rationnelle dans un monde qui raisonne encore à court terme

Au fond, le paradoxe de la géothermie révèle quelque chose de plus profond.
Le monde du bâtiment résonne encore très peu en valeur créée dans le temps. Or la géothermie oblige à changer de logique : sortir de la facture mensuelle, et penser investissement plutôt que coût subi.

Tant que cette bascule ne sera pas rendue simple et accessible, la géothermie restera sous-exploitée.

En synthèse

La géothermie fonctionne.
Elle est maîtrisée, réglementée, disponible, et pertinente. Elle est rentable. Elle est écologiquement imbattable.

Si son développement reste marginal, ce n’est pas par manque de solutions, mais parce que le modèle dominant du bâtiment reste focalisé sur le court terme.

La géothermie oblige à faire l’inverse.
À penser en valeur créée dans le temps, en actifs durables, en performance structurelle du bâtiment. Et nécessite des engagements de performance, pour certifier cette valeur.

Tant que cette logique ne sera pas intégrée, le trésor restera enfoui.

C’est précisément ce problème que nous avons décidé de prendre à bras-le-corps.

Chez Le Bon Tuyau, nous agissons, avec l’écosystème existant et compétent, comme développeur et opérateur, en prenant en charge l’ensemble du cycle de vie d’une installation géothermique : conception, financement, déploiement et exploitation.

Notre objectif est simple :
rendre accessibles les bénéfices de la géothermie aux bâtiments de taille moyenne,
dans un cadre sécurisé, lisible, et avec une performance garantie dans le temps.

(1) Heat pumps barometer 2024
(2) SDES - Chiffres clés des énergies renouvelables édition 2025

SOMMAIRE
Le paradoxe de la Géothermie
RESSOURCES LIÉES

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